
LE MUSULMAN
DANS L'ADVERSITE
La qualité de la foi du musulman et de son caractère moral se
révèle dans les temps difficiles. Dans ces circonstances, on
peut témoigner de leur excellence morale, leur courage, leur
patience, leur confiance, leur perception, leurs valeurs morales, leur
tolérance, leur mansuétude, leur sacrifice, leur humanité, leur appréciation,
leur conscience et leur calme.
"Le musulman dans l'adversité " fait référence à un individu endurant
face aux problèmes, à la frustration et à la privation, faisant
preuve des qualités citées ci-dessus. Il ne fait pas de concession avec
son caractère moral, embrasse chaque situation avec une grande
maturité et une grande confiance en Allah, comprenant les raisons et
le bien derrière chaque problème et exhortant les autres à l'excellence
morale. Comme Allah dit dans le Coran, "Quand ils vous vinrent
d'en haut et d'en bas de toutes parts et que les regards étaient
troublés, et les coeurs remontaient aux gorges…" (Sourate al-
Ahzab, 10), l'adversité correspond aux épreuves sérieuses vécues
par les croyants assaillis par le désenchantement.
Dans l'esprit de ceux qui sont indifférents à Allah, les désillusions
viennent suite à une catastrophe naturelle, à la perte d'un emploi,
la faillite… Pour l'homme pieux, les temps sont difficiles
lorsqu'il est privé des nécessités premières et que la déception est
bien plus importante que celle connue au quotidien ou lorsque "le
coeur remonte à la gorge", selon les termes du Coran. C'est-à-dire
lorsque la maladie frappe, que les problèmes s'enchaînent, que l'on
est expulsé de chez soi, de son pays, que l'on est pris au piège, avec
sa famille, avec son peuple et que la pression mentale est intense.
Allah fournit des exemples de ce que les Prophètes et les pieux
prédécesseurs endurèrent :
Pensez-vous entrer au paradis alors que vous n'avez pas encore
subi des épreuves semblables à celles que subirent
ceux qui vécurent avant vous ? Misère et maladie les
avaient touchés et ils furent secoués jusqu'à ce que le
Messager, et avec lui, ceux qui avaient cru, se fussent écriés
: "Quand viendra le secours d’Allah ?" Le secours d’Allah
est sûrement proche. (Sourate al-Baqarah, 214)
Dans ce verset, Allah annonce que tous les hommes subiront
des épreuves et Il annonce aux endurants la bonne nouvelle des
bienfaits dont ils jouiront pour l'éternité. La distinction entre "les
musulmans des moments de douleur" et "les musulmans communs"
sera évidente. Les membres du premier groupe répondent au désenchantement
ainsi :
Quand un malheur les atteint : "Certes nous sommes à
Allah, et c'est à Lui que nous retournerons". (Sourate al-
Baqarah, 156)
La voix de la conscience et la voix de moi
inférieur dans l'adversité
Confronté aux problèmes, l'individu entend deux voix intérieures.
Celle de sa conscience qui l'incite à se comporter selon les attentes
d’Allah : dans le sacrifice, le courage et la rectitude morale. Celui
qui l'écoute se montre patient et confiant envers Allah. Quant à la seconde
voix, elle appartient au moi inférieur, elle "est très incitatrice
au mal" (Sourate Yusuf, 53). Cette voix pousse à la rébellion, l'immo-
ralité, l'égoïsme et la lâcheté, menant celui qui l'écoute à une grande
perte et attirant "l'amitié" de Satan. Afin de décrire leur perte, il est
nécessaire de savoir comment Satan a acquis son influence sur eux.
Nous trouvons ces informations dans le Coran, qui met également
en garde contre les pièges de Satan.
Quand Allah créa Adam (psl), Il ordonna aux anges et à Satan
de se prosterner devant lui. Les anges obéirent, mais Satan, par
fierté, refusa et fut alors expulsé du paradis. Il demanda ensuite à
Allah l'autorisation d'influencer les hommes jusqu'au jour du jugement.
Allah accepta, en lui faisant savoir qu'il n'aurait aucune influence
sur Ses pieux serviteurs. Satan jura donc de tromper les êtres
humains par toutes sortes de promesses, de duperies et de pièges
afin de les écarter du véritable chemin. Ce voeu est repris ainsi dans
le Coran :
"Puisque Tu m'as mis en erreur, dit satan, je m'assoirai pour
eux sur Ton droit chemin, puis je les assaillirai de devant,
de derrière, de leur droite et de leur gauche. Et, pour la plupart,
Tu ne les trouveras pas reconnaissants."
"Sors de là banni et rejeté ", dit Allah. "Quiconque te suit
parmi eux... de vous tous, J'emplirai l'enfer". (Sourate
Yusuf, 16-18)
Il dit encore : "Vois-Tu ? Celui que Tu as honoré au-dessus
de moi, si Tu me donnais du répit jusqu'au jour de la résurrection;
j'éprouverai, certes sa descendance, excepté un
petit nombre parmi eux". Et Allah dit : "Va-t-en !
Quiconque d'entre eux te suivra... votre sanction sera l'enfer,
une ample rétribution. Excite, par ta voix, ceux d'entre
eux que tu pourras, rassemble contre eux ta cavalerie et ton
infanterie, associe-toi à eux dans leurs biens et leurs enfants
et fais-leur des promesses". Or, le diable ne leur fait
des promesses qu'en tromperie. (Sourate al-Isra, 62-64)
Satan tentera tout pour faire dévier les hommes du droit chemin,
les empêcher d'être reconnaissants envers Allah et de vivre une
vie morale. Son meilleur outil pour cela est le recours à la voix du
moi inférieur. C'est pourquoi, quand des individus passent par des
épreuves, Satan leur fera égoïstement privilégier leurs intérêts au
détriment d'options telles que le sacrifice, la compassion ou la miséricorde:
O gens ! De ce qui existe sur la terre, mangez le licite et le
pur; ne suivez point les pas du diable car il est vraiment
pour vous un ennemi déclaré. Il ne vous commande que le
mal et la turpitude et de dire contre Allah ce que vous ne
savez pas. (Sourate al-Baqarah, 168-69)
Pour toutes ces raisons, les musulmans connaissant des difficultés,
des frustrations ou des tragédies doivent agir selon ce que
leur dicte leur conscience pour ne pas rejoindre les rangs de Satan.
S'ils se laissent tenter par Satan, ils risquent de laisser libre cours à
l'égoïsme, l'opportunisme, l'addiction au plaisir, l'hypocrisie et autres
tares et de corrompre leur moralité. Les musulmans sincères
écoutent leur conscience et suivent toujours la voie du bien. Il est
important de montrer de bonnes valeurs morales lorsque "l'affaire
est décidée " :
Puis, quand l'affaire est décidée, il serait mieux pour eux
certes, de se montrer sincères vis-à-vis d’Allah. (Sourate
Muhammad, 21)
La plupart des individus savent que la fidélité perdurant audelà
des épreuves est un signe de haute qualité morale et jurent de
se montrer fidèles et forts dans une telle situation. Or, une fois dans
la situation, leur comportement ne s'accorde pas avec leurs promesses
antérieures et à la moindre frustration, leur réaction est négative.
Ils deviennent suspicieux, révoltés et exigeants. L'amour et la compassion
sont balayés par la colère et la violence. Le fort se détachera
du faible et la moralité corrompue apparaîtra, car ceux dont la foi est
faible seront trahis par l'angoisse qui les envahit. Ils ne sont alors
plus très loin des non-croyants et de leurs activités anti-musulmanes.
La valeur du musulman dont la foi est sincère et forte s'en retrouve
décuplée.
Tous les problèmes rencontrés dans la vie quotidienne sont à la
fois une épreuve et un moyen menant à un bonheur comparable au
paradis auquel les musulmans aspirent dans l'au-delà. Ils tirent un
grand plaisir à comparer les tests avec la facilité et le confort du paradis.
Pour le musulman sincère, chaque épreuve est un bienfait qui
permet de renforcer l'amour, le respect, l'appréciation des autres
musulmans et leur foi. C'est une bénédiction divine riche en bienfaits
et en beautés que de prendre le pieux musulman pour exemple.
Sans compter l'influence positive sur la foi de ceux qui l'entourent
(par la grâce d’Allah) et sur l'admiration, ouverte ou secrète des
non-croyants.
Celui qui s'imagine qu'un événement est externe au plan du
destin, se trouve sous la forte influence de Satan, souvent la cause de
ces doutes. Satan se délecte de voir les hommes tomber dans ses pièges.
C'est ainsi que certains hommes considèrent qu'un problème
apparemment insignifiant est hors de la sphère de la destinée ou audelà
de la miséricorde d’Allah, de Sa science ou de Son intention.
Les croyants doivent être conscients de cet égarement et de la nécessité
de se soigner s'ils y succombent.
Il y a toujours un bien dans des choses apparemment mineures
telles que manquer un programme à la télévision ou oublier de commander
à manger. Le fait de manquer une émission a peut-être permis
d'avoir du temps supplémentaire pour faire une bonne action,
penser au bien ou arriver à une idée qui augmente sa capacité à servir
Allah. En somme, le croyant a pu méditer sur Allah et apprendre
plus que ce qu'il aurait appris en regardant la télévision. Oublier de
commander le repas ou de faire les courses pour le dîner peut opérer
comme un régime. Ceux qui souffrent d'hypertension peuvent voir
leur tension baisser s'ils oublient de manger du fromage un jour. En
se mettant entre les mains d’Allah, ils augmentent leur mérite à Ses
yeux et gagnent Son approbation en s'efforçant de faire de bonnes
actions. Faire confiance à Allah en toute occasion est un moyen pour
les croyants d'atteindre l'amour et le contentement.
De nombreux autres exemples similaires peuvent être glanés de
notre quotidien ; aussi est-il important de comprendre la question et
de ne pas l'élider. Tout ce que vivent les hommes, l'important et l'insignifiant,
fait partie du destin. Satan suggère que ces petits événements
sont des composantes nécessaires de la vie quotidienne et
qu'ils n'ont rien à voir avec le destin. Toutefois, les croyants doivent
toujours rester prudents et conscients de ces suggestions. Le simple
fait de comprendre et de se rappeler des tentations de Satan, de voir
la raison et le bien derrière chaque événement et admettre que tout
se produit selon le bon plan d’Allah est une grande bénédiction
dans ce monde et dans celui à venir. C'est là une vérité qui apporte
sagesse, volonté, confort et contentement à tous les croyants.
La séparation du bien et du mal
Allah créa le bien et le mal, le secours et la douleur, la beauté et
la laideur simultanément et en fit des épreuves sur le chemin vers le
paradis ou l'enfer. La période d'évaluation au cours de cette vie terrestre
sépare clairement le bien du mal, les endurants de ceux qui
ont peur d'affronter les problèmes, ceux qui s'opposent activement
aux modes de pensées irréligieuses des attentistes, et ceux qui se
laissent guider par la voix de leur moi inférieur de ceux qui écoutent
plutôt la voie de leur conscience.
Le lien étroit entre le bien et le mal s'explique par le fait que la
valeur du bien et du mal ne peut être comprise qu'au sein de cette
contradiction. Si le mal, la privation ou les tragédies n'existaient pas,
nous ne saurions pas ce que vaut le bien. C'est en plaçant le diamant
au milieu de pierres ordinaires que sa beauté et son allure ressortent.
Une autre explication repose dans le secret des épreuves de ce
monde transitoire. Ici-bas, les hommes sont éprouvés par le bien et
le mal. Au cours de l'évaluation, la différence de degré entre les
deux deviendra évidente, c'est-à-dire que le bien sera séparé d'un
côté et le mal de l'autre. Alors que l'ange de la mort prendra l'âme
des gens du mal durement, les hommes de bien seront invités à entrer
au paradis et à jouir de sa beauté et de ses plaisirs. Allah dit dans
les versets suivants que ces épreuves permettent de distinguer les
croyants de ceux dont le coeur est malade :
Et tout ce que vous avez subi, le jour où les deux troupes se
rencontrèrent, c'est par permission d’Allah afin qu'Il distingue
les croyants et les hypocrites. On avait dit à ceux-ci :
"Venez combattre dans le sentier d’Allah, ou repoussez
l'ennemi". Ils dirent : "Bien sûr que nous vous suivrions si
nous étions sûrs qu'il y aurait une guerre". Ils étaient, ce
jour-là, plus près de la mécréance que de la foi. Ils disaient
de leurs bouches ce qui n'était pas dans leurs coeurs. Et
Allah sait fort bien ce qu'ils cachaient. (Sourate al-Imran,
166-67)
Le comportement adopté par les contemporains du Prophète
(pbsl), dans les situations difficiles, permettait de différencier les
pieux croyants des hypocrites.
Bediuzzaman discute en profondeur des difficultés et des tra-
gédies séparant le bien du mal, et donne de très bons et sages conseils
sur la question. Quand on l'interroge sur le but de Satan et de sa
perversion, il conclut que derrière chaque frustration, privation et
méchanceté il y a une explication. La plus importante est la séparation
entre la disposition "charbonneuse" et la disposition "diamantaire".
Il recourt à cet exemple pour démontrer que toute difficulté et
toute frustration fait ressortir le meilleur de la personne. Les épreuves
de ce monde apportent la lumière sur les aspects négatifs de l'individu
et sont donc une occasion de les corriger. Prenons l'exemple
d'une femme souffrant d'une grave pathologie. Sa maladie permit
de révéler sa timidité, sa faiblesse spirituelle ou autre chose. Dès
qu'elle se rendit compte de son défaut, elle y remédia immédiatement.
Dans son malheur, elle parvint donc à se débarrasser d'une
impureté et à améliorer son caractère moral. Voyons maintenant le
cas d'un homme à la réputation bien établie qui fait faillite et recourt
à des moyens illégaux pour obtenir de l'argent. Cela montre à quel
point l'infortune peut dévoiler les mauvais côtés d'une personne. Si
notre homme s'était gardé de commettre un péché et d'entacher son
honneur, en dépit de son besoin d'argent, il aurait prouvé sa pureté
et sa dévotion.
Dans ses Lettres, Beddiuzzaman donne des exemples de sagesse
dans des situations où il est fait preuve d'endurance. Il écrit :
Ainsi, la création dans l'univers de la perversion, la douleur, des épreuves,
du mal et de la souffrance n'est pas mauvaise ou laide ; ces concepts
furent créés dans un objectif très important… dans le monde des êtres humains,
l'avancée et le déclin se succèdent sans fin. Il y a une grande distance
entre les Nemrods et les Pharaons d'une part et les saints et les
Prophètes d'autre part. Alors afin de distinguer les esprits de base de
type charbon et les esprits supérieurs de type diamant, la création
de Satan ouvrit une arène de lutte, de concurrence et d'épreuves où
les Prophètes furent envoyés et dans laquelle le secret de la responsabilité
est révélé. S'il n'y avait ni lutte, ni concurrence, les qualités
internes au charbon et au diamant demeureraient
imperceptibles pour l'homme. L'esprit exalté de Abu Bakr as-Siddiq et
l'esprit vil de Abu Jahl seraient au même niveau. Cela signifie donc que la
création du mal et de la méchanceté n'est pas négative car elle conduit à
d'importants résultats.7
Un autre point souligné ici est la valeur des épreuves de ce
monde. Si le mal n'existait pas, les qualités du caractère humain ne
seraient pas mises en avant, ni l'excellence morale des pieuses personnes
ne serait exposée, et par conséquent il n'y aurait pas d'avancées
dans le niveau de spiritualité. C'est pourquoi tout ce qui semble
mauvais et désagréable aux premiers abords ouvre en réalité un horizon
illimité à la maturation du caractère moral, au renforcement et
à l'approfondissement de la spiritualité et à l'élévation de son rang
et de sa position au paradis.
Bediuzzaman écrit que :
La religion est un examen, une évaluation proposée par Allah afin que
dans l'arène concurrentielle les esprits élevés et les esprits vils puissent se
distinguer. Tout comme les matériaux sont plongés dans le feu pour séparer
le diamant du charbon, l'or de la terre, la religion est aussi une mise à
l'épreuve de l'homme face à ses obligations envers Allah et une course à la
compétition. Ainsi les joyaux supérieurs de la mine des capacités humaines
se séparent des déchets… Le Coran fut révélé dans cette demeure
d'examen pour que l'homme se perfectionne à travers les épreuves dans
l'arène concurrencielle.8
D'après cette comparaison, les qualités du diamant doivent être
séparées des qualités du charbon. Mais puisque cela ne peut se faire
que par le feu, les êtres humains doivent traverser de sérieuses
mises à l'épreuve à travers les difficultés, les malheurs et d'autres
frustrations afin de les débarrasser de leurs défauts et d'illuminer
leurs qualités.
Bediuzzaman cite un autre exemple : la séparation de l'argent et
du cuivre du minerai lorsqu'il est frappé contre une pierre de touche.
Dans le processus de séparation, le minerai doit être battu violemment
contre la pierre et ensuite passé au tamis. Ainsi on obtient
l'argent, le cuivre sans valeur restant de côté. Ce que le savant entend
par être "frappé contre la pierre" est d'affronter l'adversité (les
problèmes, les malheurs et les autres frustrations) pour révéler sa
beauté intérieure. La sévérité des épreuves met en valeur la force de
conviction de la personne ainsi que son caractère moral, son discernement
et sa fidélité. Elle permet également la maturation de la foi
et de la profondeur spirituelle. En somme, ce processus purge l'excellent
caractère du croyant de tout ce qui l'affaiblit, comme pour
l'argent. Bediuzzaman écrit :
Ensuite ce matin, je compris cela : pour que nous soyons prêts pour cet
examen rigoureux, et que nous soyons frappés sur la pierre de touche plusieurs
fois pour voir clairement si nous sommes de l'or ou du laiton, et
d'être éprouvés injustement en tout, et que nous soyons passés au crible
d'un fin tamis trois ou quatre fois afin de voir si nos âmes commandant le
mal prennent une part ou nous jouent des ruses, est extrêmement nécessaire
à notre service, qui devrait être dédié purement et seulement au nom
de la vérité et de la réalité, afin que la détermination divine et la grâce divine
le permettent. A être exhibé dans l'épreuve et l'examen face à des ennemis
obstinés injustes, tout le monde comprend qu'il n'y a pas de
duperie, ni d'égoïsme, ni de malice, ni d'intérêts terrestres ou personnels,
ni ceux qui regardent l'au-delà, mélangé à notre service, et qui est complètement
sincère et relève de la vérité et de la réalité. Si cela était resté
caché, on aurait pu lui donner de nombreux sens. La masse des croyants
n'aurait pas confiance. Ils auraient dit : "Peut-être ils nous trompent," et
l'élite aussi aurait eu des soupçons. Pensant que "peut-être ils agissent de
même que ceux qui se vendent pour acquérir un rang spirituel pour euxmêmes
et pour gagner la confiance", ils ne se sentiront pas complètement
assurés sur la question. Maintenant, après l'examen, même l'individu le
plus têtu et le plus obstiné est obligé de se soumettre. Si la difficulté est
une, le bénéfice est mille. Avec la volonté d’Allah.9
Dans ces exemples, Bediuzzaman attire l'attention vers d'autres
explications de la frustration et du malheur. Les autres individus
verront et seront inspirés par l'excellence morale des personnes qui
se débarrassent de leurs défauts au fil de leur vécu d'épreuves. La fidélité
des musulmans, leurs actes droits et vertueux ressortiront des
épreuves sérieuses et l'on comprendra qu'ils n'attendent pas de récompense
humaine pour leurs services.
Même ceux qui abritent de grands doutes à propos des musulmans
devront admettre que chacun de leurs efforts est voué à la recherche
de la satisfaction d’Allah et tout le monde attestera ainsi de
la pureté de leurs intentions. D'autres reconnaîtront les musulmans
pour ce qu'ils subissent de tribulations, confirmant qu'ils sont sur le
bon chemin.
Faire preuve de qualités morales au moment
des épreuves
Au cours d'une journée, tout le monde connaît la fatigue, la
faim, la faiblesse, etc. Cela est très naturel. Toutefois, Allah dit que
les musulmans peuvent être choisis pour des tests bien plus difficiles.
Le caractère moral des croyants et des non-croyants qui se révèle
dans ces situations est très différent.
La frustration mène les non-croyants à la rébellion, l'intimidation,
l'agressivité, la perte de tout espoir et de toute intégrité.
Puisqu'ils ne croient pas en l'au-delà, ils pensent que leurs actes se limitent
à ce monde :
Et ils dirent :
"Il n'y a pour nous que la vie d'ici-bas : nous
mourons et nous vivons et seul le temps nous fait périr". Ils
n'ont de cela aucune connaissance : ils ne font qu'émettre
des conjectures. (Sourate al-Jathya, 24)
Selon eux, tout arrivera à son terme lorsque ce monde disparaîtra.
Par conséquent, ils souhaitent profiter du confort, de la paix de
l'esprit, des fruits de leur labeur et de toutes les bonnes choses de ce
monde. Ces désirs rendent les moments d'épreuves d'autant plus
difficiles. Ils ne sont ni patients, ni confiants, ils ne peuvent pas pardonner,
ni donner d'eux-mêmes, ils ne peuvent pas traiter les autres
humainement ni avoir le moindre sens de compassion ou de miséricorde.
Ne voyant aucun bénéfice dans les problèmes mais la perte,
ils tombent dans le désespoir.
Mais cette perception est absolument fausse, car la véritable vie
éternelle commence seulement après la mort. Le jour du jugement,
tout le monde devra rendre pleinement des comptes sur ses actions
et chacun recevra sa juste récompense. Ceux qui font preuve de bonnes
qualités morales ne souffriront d'aucune perte ; au contraire,
leur rétribution sera immense. Chaque bonne parole prononcée,
chaque action pieuse effectuée, et chaque preuve de sacrifice, de fidélité,
et d'humanité contribueront à la récompense dernière. Les
croyants se rappellent le hadith de notre Prophète (pbsl) : "La mauvaise
conduite détruit le service rendu à Allah, tout comme le condiment
détruit le miel."10 et évitent méticuleusement toute mauvaise conduite.
En revanche, les individus dépourvus de religion ne sont pas
conscients de cette réalité. Les situations difficiles les intimident, car
ils nient la notion même d'épreuve dans ce monde. Voici un point
dont il faut prendre bonne note : " Si vous souffrez, lui aussi souffre
comme vous souffrez, tandis que vous espérez d’Allah ce qu'il
n'espère pas. Allah est omniscient et sage." (Sourate an-Nisa, 104).
Ce verset nous rappelle que le croyant et le non-croyant sont touchés
tous deux par les mêmes épreuves. Mais parce que les noncroyants
n'ont pas foi en Allah et qu'ils ne voient pas que Allah est à
l'origine de ces événements, ils ne s'attendent pas à recevoir de la
part d’Allah ce que les croyants attendent. Ils restent, en cela, complètement
oublieux du véritable sens de la vie. En d'autres termes, la
foi en Allah des croyants les sépare totalement des non-croyants
dans l'au-delà.
Allah nous dit que les hommes seront éprouvés par la faim et la
pauvreté. Quand la faim est une source de frustration pour les noncroyants,
pour les musulmans elle est une épreuve au cours de laquelle
ils peuvent montrer leur qualité morale et une occasion à ne
pas manquer. Dans de tels moments, la soumission à Allah, la confiance
et la patience prennent une grande importance. Ils ne perdent
pas non plus espoir, mais voient plutôt le positif dans ce qui les touchent.
Voilà les indices de leur réussite à l'examen.
Les non-croyants privilégient d'abord leurs propres intérêts et
leur confort ; tandis que l'excellence morale du croyant donne toujours
la priorité à autrui. Le croyant donne volontiers à un autre
croyant le meilleur siège, la meilleure nourriture et le meilleur vêtement.
Lorsqu'il fait froid, les musulmans sincères s'occupent toujours
de leurs frères musulmans en leur offrant des couvertures et
des boissons chaudes, même quand ils souffrent eux-mêmes du
froid. Prendre soin d'un ami, de sa santé, de sa sécurité, de son confort
et de son bonheur leur procure de la joie. Le plaisir dérivé de ces
gestes de sacrifice ne peut en rien être comparé au plaisir de boire
soi-même la boisson chaude.
Les hommes peuvent exhiber de hautes qualités morales quand
tout va bien, au milieu de l'abondance, si leur santé est bonne et que
leurs besoins sont satisfaits. Mais une fois la situation dégradée, rester
exemplaire dans ses qualités morales ou bien traiter autrui alors
qu'on est évité, calomnié ou avili par des mots durs correspond à la
réponse du bien face au mal. Un autre exemple de qualité morale est
le geste de la personne rassasiée donnant de la nourriture ou celui
de la personne ayant chaud donnant un vêtement à celui qui a froid.
Ces deux personnes ont une très haute valeur aux yeux d’Allah.
Toutefois l'excellence morale dans l'adversité et face au mauvais
traitement est extrêmement importante car elle démontre la force et
la sincérité de la foi, de la dévotion et de la vertu supérieure.
Ceux qui vivent dans la vertu à l'écoute de leur conscience peuvent
entendre leur moi inférieur les pousser constamment vers le
mal, suggérant qu'il n'est point aisé d'être vertueux et tentant tout
pour les empêcher de l'être. Cette petite voix leur fera craindre d'avoir
froid s'ils donnent un pull-over ou d'avoir faim s'ils donnent
leur repas. C'est là une des tactiques de satan, car il utilise la peur de
la pauvreté pour empêcher les croyants de soutenir les pauvres :
O les croyants ! Dépensez des meilleures choses que vous
avez gagnées et des récoltes que Nous avons fait sortir de la
terre pour vous. Et ne vous tournez pas vers ce qui est vil
pour en faire dépense. Ne donnez pas ce que vous-mêmes
n'accepteriez qu'en fermant les yeux ! Et sachez que Allah
n'a besoin de rien et qu'Il est digne de louange.
Le diable vous fait craindre l'indigence et vous recommande
des actions honteuses; tandis que Allah vous promet
pardon et faveur venant de Lui. La grâce d’Allah est
immense et Il est omniscient. (Sourate al-Baqarah, 267-68)
Ce passage se poursuit avec l'échec des tours de Satan et l'annonce
de la bonne nouvelle de la satisfaction d’Allah pour les êtres
humains. En échange de leur caractère moral, Allah les autorise à
connaître le bonheur spirituel en rien comparable au plaisir terrestre.
Il n'y a pas de limite à la joie provenant du sacrifice, de la patience,
de la fidélité, de la générosité, de l'humanité et de la foi. Dans
un verset, Allah loue l'excellence morale des croyants qui accueillirent
avec empressement et joie les autres musulmans ayant quitté
leur pays, pourvoyant à leurs besoins alors qu'eux-mêmes étaient
dans le besoin :
Il appartient également à ceux qui, avant eux, se sont installés
dans le pays et dans la foi, qui aiment ceux qui émigrent
vers eux, et ne ressentent dans leurs coeurs aucune envie
pour ce que ces immigrés ont reçu, et qui les préfèrent à
eux-mêmes, même s'il y a pénurie chez eux. Quiconque se
prémunit contre sa propre avarice, ceux-là sont ceux qui réussissent.
(Sourate al-Hasr, 9)
Allah décrit également les récompenses de ceux travaillant
dans Sa voie ayant subi l'épreuve de la soif, de la fatigue et de la
faim :
Il n'appartient pas aux habitants de Médine, ni aux
Bédouins qui sont autour d'eux, de traîner loin derrière le
Messager d’Allah, ni de préférer leur propre vie à la sienne.
Car ils n'éprouveront ni soif, ni fatigue, ni faim dans le sentier
d’Allah, ils ne fouleront aucune terre en provoquant la
colère des infidèles, et n'obtiendront aucun avantage sur
un ennemi, sans qu'il ne leur soit écrit pour cela une bonne
action. En vérité Allah ne laisse pas perdre la récompense
des bienfaiteurs. (Sourate at-Tawbah, 120)
Toute épreuve subie par le musulman sur la voie d’Allah est en
réalité une bonne action. Dans la mesure où tous les hommes furent
créés pour servir Allah et pour accomplir de bonnes actions, ils recevront
la récompense parfaite pour leur patience et leur moralité et
ne souffriront d'aucune injustice.
Il en va de même pour la maladie et les autres souffrances. Les
croyants savent que seul Allah les rétribuera et que ce monde n'est
que temporaire. C'est pourquoi, leur discernement, leur décision et
leur fermeté restent inébranlables. Ils lisent, en effet, dans le Coran
que Allah leur donnera la force spirituelle et soutiendra les croyants
oeuvrant pour Lui. La connaissance du secret des épreuves terrestres
apporte un grand sentiment de facilité face à l'adversité.
Lorsqu'on sait que tout ce qui se produit est une épreuve, on n'est ni
malheureux, ni frustré, ni déprimé, ni désespéré, ni effrayé, ni soucieux.
La force qui soutient les croyants
La force de caractère ardente et joyeuse des croyants face aux
problèmes est une chose que ceux qui ne croient pas en la puissance
suprême d’Allah ne peuvent pas comprendre. Les non-croyants,
suspicieux, s'interrogent sur la force qui pousse ces hommes. Car de
par leur incrédulité, ils ne peuvent s'imaginer que seul Allah peut
envoyer son soutien. Selon eux, ce sont les moyens matériels et les
amis qui confèrent la puissance. Ils observent les croyants, à la recherche
de la source matérielle responsable de leur force. Or cette
force provient de la foi du croyant en la destinée et l'au-delà, ainsi
que leur confiance et leur soumission à Allah. Les vies des Prophètes
et d'autres pieux croyants contiennent des exemples explicites de la
force issue de cette confiance.
Allah donne l'exemple significatif des magiciens de Pharaon
restés fermes malgré les tentatives d'intimidation de Pharaon par la
torture et la mort afin de les empêcher de suivre le message apporté
par le Prophète Moise (psl). La réaction des magiciens lui prouva
qu'ils craignaient Allah seul et qu'ils s'en remettaient à Lui dans l'adversité.
En dépit de toutes ses menaces, les magiciens dirent à
Pharaon qu'ils resteraient fermement dans la voie de la soumission
et confiants en Allah :
Alors Pharaon dit : "Avez-vous cru en lui avant que je ne
vous y autorise ? C'est lui votre chef qui vous a enseigné la
magie. Je vous ferai sûrement couper mains et jambes opposées
et vous ferai crucifier aux troncs des palmiers, et
vous saurez, avec certitude, qui de nous est plus fort en châtiment
et qui est le plus durable".
"Par celui qui nous a créés, dirent-ils, nous ne te préférerons
jamais à ce qui nous est parvenu comme preuves évidentes.
Décrète donc ce que tu as à décréter. Tes décrets ne
touchent que cette présente vie.
Nous croyons en notre Seigneur, afin qu'Il nous pardonne
nos fautes ainsi que la magie à laquelle tu nous as contraints".
Et Allah est meilleur et éternel. (Sourate Ta-Ha,
71-73)
Les menaces de Pharaon empêchèrent certaines personnes de
croire en Allah, et en cela ils souffrirent d'une grande perte. Mais de
pieux jeunes gens craignant le pouvoir d’Allah seul eurent foi en Lui
et suivirent le chemin que le Prophète Moise (psl) leur montrait,
l'oppression et les attaques de Pharaon ne les dissuadant en rien :
Personne ne crut au message de Moïse, sauf un groupe de
jeunes gens de son peuple, par crainte de représailles de
Pharaon et de leurs notables. En vérité, Pharaon fut certes
superbe sur terre et il fut du nombre des extravagants.
(Sourate Yunus, 83)
A l'image de ces jeunes gens qui eurent foi en Moïse (psl), tous
les croyants firent preuve d'une égale confiance et de courage quand
ils furent confrontés à l'hostilité de la société ou à des problèmes sérieux.
Et quand les croyants virent les coalisés, ils dirent :
"Voilà ce que Allah et Son Messager nous avaient promis. Et Allah
et Son Messager disaient la vérité". Et cela ne fit que croître
leur foi et leur soumission. (Sourate al-Ahzab, 22)
L'obéissance méticuleuse à Allah par les temps
difficiles
Les musulmans pieux se distinguent notablement des autres
par leur attention aux commandements et aux recommandations
d’Allah. Aucune difficulté, ni frustration, ni restriction n'affecte leur
résolution à y obéir, ni ne les conduit à faire des compromis au niveau
de leur moralité. Quel que soit le degré de besoin ou d'ennui,
ils ne s'engageront jamais dans ce que Allah interdit. Dans des moments
tourmentés de maladie, d'indigence, d'échec ou d'oppression,
ils ne compromettront pas leur honnêteté et leur sincérité.
Comme mentionné plus haut, Satan souhaite détourner les êtres
humains de la vraie voie et s'adresse à eux au travers de la voix négative
du moi inférieur. Il les incite ainsi à faire ce que Allah interdit et
les empêche de faire ce que Allah approuve. La voix intérieure négative
travaille toujours dans ce sens, suggérant continuellement le mal.
C'est ainsi qu'elle tente d'empêcher les individus de se lever pour les
prières. Elle les rend étourdis, amorphes, ils ne se sentent pas dans
leur assiette. Elle essaie continuellement de leur faire oublier le sens
de leur vie. Satan leur inspire des questions telles que : "Quelle sera la
différence si je ne me lève pas juste pour aujourd'hui ?"
Mais les croyants ne se laissent pas berner par cette voix néga-
tive. Ils se lèvent chaque matin avec une avide détermination à effectuer
leurs prières, se rappelant que c'est là la voie de la véritable
beauté et du salut. Malgré le fait que Allah recommande cet acte d'adoration,
cette voix négative trouve toutes les excuses pour faire paraître
le jeûne difficile, la faim et la soif insurmontables. S'ils jeûnent,
cette voix les fait douter sur leur capacité à jeûner. Mais les musulmans
dévoués jeûnent avec détermination malgré la pression insistante
du moi inférieur. Ils espèrent la récompense de notre Seigneur
pour la faim, la soif et la fatigue endurées en Sa faveur. Cela leur
procure un grand plaisir.
Dans des situations où gagner de l'argent illégalement est perçu
comme légitime, cette voix intérieure suggère qu'il est aisé de gagner
cet argent et que tout le monde en fait de même. Or, le musulman,
même s'il est dans le plus grand besoin et si la voix intérieure
lui met une énorme pression, ne s'abaisse jamais à commettre ce
qu'il estime répréhensible. Il ne toucherait jamais à de l'argent obtenu
illégalement, et ne jouirait jamais d'une nourriture achetée avec
de l'argent sale, peu importe s'il est affamé. Le fait même de se retrouver
dans une telle situation le mettrait mal à l'aise. Il n'oserait jamais
justifier un mauvais comportement par le besoin, puisqu'il sait
qu'il faut soigneusement éviter ce que Allah interdit. Il met en pratique
ces principes avec un sens intérieur de bien-être et de sincérité.
Les musulmans soucieux de se comporter de manière concordante
avec le plaisir d’Allah sont désignés ainsi dans le Coran :
"ceux qui s'incitent mutuellement à faire le bien." Dans leurs efforts
à atteindre le paradis promis par Allah, les musulmans vivent
dans la paix et le bien-être en donnant de tout à tout moment, et en
restant patients dans les épreuves. S'ils ont des amis dans le besoin,
ils se lèvent un matin, après une nuit blanche, et vont leur faire plaisir
en pourvoyant à leurs besoins. La plupart du temps, les bénéfi-
ciaires de tels gestes ne savent pas qui en sont les auteurs. Ces derniers,
satisfaits de leur conduite morale, ne divulgueront jamais s'ils
eurent du mal à faire leur bonne action.
Allah dit que les musulmans ont un profond plaisir à vivre
selon les valeurs morales du Coran et réprouvent le comportement
contraire :
… Mais Allah vous a fait aimer la foi et l'a embellie dans
vos coeurs et vous a fait détester la mécréance, la perversité
et la désobéissance. Ceux-là sont les bien dirigés, c'est là en
effet une grâce d’Allah et un bienfait. Allah est omniscient
et Sage. (Sourate al-Hujurat, 7-8)
Mais malgré tout, Satan tente de faire passer les activités illicites
pour licites en montrant que ceux qui font le mal sont la majorité.
Un grand nombre d'individus prennent de l'argent sale, ne prennent
pas garde à ce qui est autorisé ou non et transgressent les principes
coraniques. C'est pourquoi Satan intime l'idée irrationnelle selon laquelle
la majorité a raison et que son comportement est sensé. Or,
Allah dit que les malfaisants ne sont pas sur le droit chemin, quand
bien même ils sont majoritaires : "Si tu obéis à la majorité de ceux
qui sont sur la terre, ils t'égareront du sentier d’Allah : ils ne suivent
que la conjecture et ne basent sur aucune logique." (Sourate
al-Anam, 116). Au contraire, Allah nous dit que seule une petite
communauté d'hommes a la foi et que justement la majorité est sur
la mauvaise voie. C'est pour cette raison que Satan ne peut tromper
les croyants, mais simplement influencer ceux dont la foi est faible,
dont l'esprit est sujet au doute et à l'appréhension et qui rejettent ouvertement
Allah.
L'attention des pieux musulmans provient de leur foi en Allah
et de la détermination inébranlable que cette foi apporte, ainsi que
de leur excellente morale. Les musulmans sont conscients que le bon
comportement est fait d'actes défiants la voix du moi inférieur. Ainsi
quand le musulman se montre généreux, fidèle, patient, pieux, son
ego est écoeuré. De façon plus conséquente, il en résulte un bien spirituel
et matériel. Vivre dans ce monde et dans le monde à venir
dans un état de contentement avec les récompenses de la pureté morale
vaut bien mieux que d'acquérir toutes les choses de ce monde et
de satisfaire son ego. Par exemple, les personnes refusant d'écouter
les paroles persuasives de leur moi inférieur à propos d'une relation
illégitime, préférant attendre leur récompense dans l'au-delà, jouiront
d'honneur et de vertu dans ce monde. De la même manière, le
musulman qui s'affame et se fatigue pour venir en aide à un ami
musulman cher, oubliant les difficultés conséquentes, sera joyeux
dans l'espoir de satisfaire Allah.
Les musulmans disposant de ces qualités morales raffinées,
louées par Allah dans le Coran, s'attirent également l'amour et le
respect des croyants. S'ils travaillent dur pour la cause d’Allah et affrontent
volontiers les obstacles, s'ils agissent avec un dévouement
inlassable pour une juste cause, sans crainte de la confrontation, et
s'ils sont prêts au sacrifice, l'amour et le respect des autres à leur
égard décupleront. Dans le Coran, Allah fait référence à ceux qui vivent
selon Ses valeurs morales : "Seront écartés de l'enfer ceux à
qui étaient précédemment promises de belles récompenses de
Notre part." (Sourate al-Anbiya, 101) et Il nous conte leurs qualités
physiques et morales.
Les musulmans sont de véritables amis dans
les moments de besoin
Il existe un dicton répandu parmi les non-croyants: c'est dans
l'adversité que l'on reconnaît ses amis. C'est la juste expression pour
qualifier l'idée commune selon laquelle on ne peut trouver un véri-
table ami quand on en a besoin. Néanmoins, l'amitié et la fidélité
sont essentielles dans la vie d'un individu, car que l'on connaisse des
difficultés financières ou la maladie, ou que l'on ait besoin de soutien
psychologique, un ami – croyant – proche à ses côtés est une véritable
aide. Dans la mesure où toutes les relations dans les
communautés non religieuses sont basées sur l'opportunisme, les
non-croyants ne peuvent jamais espérer trouver un ami sincère.
C'est seulement lorsqu'ils ont des ennuis qu'ils découvrent le véritable
visage de ceux qu'ils prenaient pour des amis. Leurs prétendus
amis créent parfois même de nouveaux problèmes lorsqu'ils vivent
des temps difficiles. Ils se sentent délaissés, abandonnés, sans aucun
secours.
La personne riche, conduisant une grosse cylindrée et déjeunant
dans des restaurants étoilés, a généralement un large cercle d'amis,
voire d'amis proches. Mais dès qu'elle perd son emploi et
devient elle-même un simple salarié, qu'adviendra-t-il de ses relations
? Son cercle d'amis lui témoignera-t-il la même amitié ? Sera-telle
traitée avec le même intérêt, le même respect et la même
affection que lorsqu'elle était riche ? Comment sera-t-elle traitée si
elle est vêtue modestement, dépense son argent parcimonieusement
et n'invite plus ses amis à dîner ? Clairement, elle ne recevra plus la
même attention. Ceux qu'elle pensait être des amis lui tourneront le
dos. Quand ils la croiseront, ils feront comme s'ils ne la voyaient pas
ou pire, la ridiculiseront. Dans les faits, la personne n'a pas changé,
si ce n'est dans son allure. Parce que ses amis d'antan se fient aux apparences
extérieures, ils l'abandonnent à elle-même.
Prenons l'exemple d'un couple marié. L'homme et la femme
promettent de rester ensemble dans les bons et les mauvais moments.
Mais qu'en est-il lorsque la femme devient paralysée suite à
un accident et ne peut plus par conséquent marcher ou faire quoi-
que ce soit elle-même. Que fera son époux ? Peut-être restera-t-il auprès
d'elle pendant un temps tâchant de l'aider. Cependant quand il
se rendra compte que la situation est permanente et qu'il n'en tirera
aucun bénéfice, soudainement tout change. Cet exemple illustre
comment les non-croyants considèrent la fidélité, la loyauté et l'amitié
: quand le profit disparaît, le lien se rompt. Quant à ceux qui restent
auprès de leur épouse, ils le font par crainte de ce que peuvent
dire leurs amis et non par amour ou compassion. A la surface, ils
semblent dévoués et fidèles, mais ils ne ressentent aucune empathie
pour leur conjoint quand elle en a le plus besoin.
Une autre attitude est typique des sociétés non-croyantes dénuées
des valeurs coraniques : celle des jeunes gens à l'égard de
leurs parents âgés. Pendant des années, ces derniers ont pourvu à
leurs moindres besoins ; or lorsque les parents vieillissent et qu'ils
deviennent dépendants, leurs enfants ne font pas preuve de la
même attention. Leurs parents, une fois âgés, les gênent ; aussi les
placent-ils dans une maison de retraite.
En revanche, les musulmans témoignent la même fidélité dans
leur traitement des membres de la famille. Ils nourrissent leurs parents
sans parfois manger eux-mêmes, et prendront soin du moindre
de leurs besoins. Allah explique comment les musulmans
doivent se comporter envers leurs parents :
Ton Seigneur en a décidé ainsi : que vous n'adoriez que Lui
et de traiter les deux géniteurs (père et mère) avec bienveillance.
Si l'un d'eux ou tous deux doivent atteindre la
vieillesse auprès de toi, alors ne leur dis point : "ouf !". Et
ne les brusque pas, mais adresse-leur des paroles respectueuses.
" (Sourate al-Isra, 23)
En d'autres termes, les musulmans ne se plaindront pas des
croyants dans le besoin, au contraire ils les aideront selon leurs
moyens, humainement et dans un bon sentiment. La véritable amitié,
la sincère fidélité et loyauté se partagent entre les musulmans
pieux. Les musulmans sont les amis, les défenseurs, et les soutiens
les uns des autres. Contraints par leur moralité à considérer le bien
et le bien-être de leurs amis, même dans les situations les plus désespérées,
ils font de leur mieux pour répondre aux besoins de leurs
amis avant les leurs et tirent un grand plaisir de leur sacrifice.
Quand leurs amis sont malades ou ont des soucis financiers, ils les
aident volontiers avant même d'être sollicités. Ils ne peuvent rester
insensibles à l'injustice ou à l'indigence qui frappent leurs amis.
Allah parle dans le Coran des véritables amis des croyants :
Vous n'avez d'autres alliés que Allah, Son Messager et les
croyants qui accomplissent la salat, s'acquittent de la zakat,
et s'inclinent devant Allah. (Sourate al-Maidah, 55)
Ceux qui ont cru, émigré et lutté de leurs biens et de leurs
vies dans le sentier d’Allah, ainsi que ceux qui leur ont
donné refuge et secours, ceux-là sont alliés les uns des autres.
Quant à ceux qui ont cru et n'ont pas émigré, vous ne
serez pas liés à eux, jusqu'à ce qu'ils émigrent. Et s'ils vous
demandent secours au nom de la religion, à vous alors de
leur porter secours, mais pas contre un peuple auquel vous
êtes liés par un pacte. Et Allah observe bien ce que vous
oeuvrez. (Sourate al-Anfal, 72)
Avec la difficulté vient la facilité
Depuis le début, nous avons évoqué les différents problèmes et
frustrations par lesquels Allah met à l'épreuve les croyants et révèle
leur supériorité morale dans de telles situations. Nous avons également
discuté du bien-être, de l'empressement et des sentiments d'amour
et de respect que les croyants éprouvent lorsqu'ils agissent en
accord avec leurs valeurs morales. Soulignons également qu'avec
chaque épreuve, Allah envoie aussi le bien et le soulagement à Ses
serviteurs fidèles. Dans le Coran, Allah mentionne cette promesse :
Avec la difficulté vient la facilité ; avec la difficulté vient la
facilité ! (Sourate as-Sarh, 5-6)
... Allah veut pour vous la facilité... (Sourate al-Baqarah, 185)
Nous te mettrons sur la voie la plus facile. (Sourate al-Ala, 8)
... Quiconque craint Allah cependant, Il lui facilite les choses.
Tel est le commandement d’Allah qu'Il a fait descendre
vers vous. Quiconque craint Allah cependant, il lui efface
ses fautes et lui accorde une grosse récompense… (Sourate
at-Talaq, 4-5)
Que celui qui est aisé dépense de sa fortune et que celui
dont les biens sont restreints dépense selon ce que Allah
lui a accordé. Allah n'impose à personne que selon ce qu'Il
lui a donné. Allah fera succéder l'aisance à la gêne. (Sourate
at-Talaq, 7)
Celui qui donne et craint Allah et déclare véridique la plus
belle récompense, Nous lui faciliterons la voie au plus
grand bonheur. Et quant à celui qui est avare, se dispense
de l'adoration d’Allah, et traite de mensonge la plus belle
récompense, Nous lui faciliterons la voie à la plus grande
difficulté. A rien ne lui serviront ses richesses quand il sera
jeté (au feu). (Sourate al-Layl, 5-11)
Comme indiqué dans ces versets, Allah soulage les croyants qui
oeuvrent dans l'adversité et leur envoie un secours de Sa part, par
l'intermédiaire des anges, cela dans le but de les encourager par de
bonnes nouvelles.
Allah vous a donné la victoire, à Badr, alors que vous étiez
insignifiants. Craignez Allah donc. Afin que vous soyez re-
connaissants ! Allah vous a bien donné la victoire lorsque
tu disais aux croyants : "Ne vous suffit-il pas que votre
Seigneur vous fasse descendre en aide trois milliers d'anges"
? Mais oui ! Si vous êtes endurants et pieux, et qu'ils
vous assaillent immédiatement, votre Seigneur vous enverra
en renfort cinq mille anges marqués distinctement. Et
Allah ne le fit que pour vous annoncer une bonne nouvelle,
et pour que vos coeurs s'en rassurent. La victoire ne peut
venir que d’Allah, le Puissant, le Sage; pour anéantir une
partie des incroyants ou pour les humilier par la défaite et
qu'ils en retournent donc déçus. (Sourate al-Imran, 123-27)
En plus de l'appui des anges, Allah défend également les
croyants grâce à une armée invisible et leur accorde un sentiment de
sécurité et de bien-être. Nous lisons notamment dans les versets suivants
l'aide que Allah apporta à notre Prophète (pbsl) au cours
d'une période difficile de sa mission :
Si vous ne lui apportez pas assistance, Allah la lui a effectivement
apportée lorsque ceux qui avaient mécru le firent
sortir deuxième de deux. Quand ils étaient dans la grotte et
qu'il disait à son compagnon : "Ne te chagrinne pas, Allah
est avec nous."
Allah fit alors descendre sur lui Sa sérénité et le soutint de
soldats que vous ne voyiez pas. Et Il abaissa ainsi la parole
des incroyants tandis que la parole d’Allah eut le dessus. Et
Allah est Puissant et Sage. (Sourate at-Tawbah, 40)
Comme l'indiquent les versets précédents, un intense sentiment
de soulagement succède aux difficultés. Cela provient d'une
part de l'unité des musulmans, de leur conscience du fait que chaque
situation est un examen et d'autre part du fait qu'ils savent
qu'ils doivent se préparer pour la vie éternelle. Par ailleurs, Allah
annonce de meilleures nouvelles encore à tous les croyants. Les vies
de nos prophètes et des pieux musulmans témoignent du fait que
Allah donne la victoire définitive aux croyants, une fois les épreuves
surmontées. L'exemple de la vie du Prophète Joseph (psl) illustre de
manière appropriée ce point.
Quand Joseph (psl) était très jeune, ses frères le jetèrent dans un
puits pour se débarrasser de lui. Des caravaniers le trouvèrent et le
vendirent comme esclave à un vizir égyptien. Par la suite, Joseph
(psl) fut accusé à tort par l'épouse du vizir, fut arrêté et emprisonné
pendant plusieurs années. Il subit ces tourments sans compromettre
sa moralité. Chaque fois qu'il fut harcelé, il cherchait refuge auprès
d’Allah et transforma son incarcération en une expérience positive.
Sa confiance, sa loyauté et sa soumission à Allah en toutes circonstances
font de lui un exemple pour tous les croyants. En récompense,
Allah le fit sortir de prison au moment qu'Il choisit et lui
accorda le pouvoir et la richesse en Egypte.
Allah promet ainsi à Ses serviteurs qui se montrent patients et
confiants face aux malheurs qu'Il les soulagera et leur en fera tirer
un bien.
... Et quiconque craint Allah, il lui donnera une issue favorable,
et lui accordera Ses dons par des moyens sur lesquels il
ne comptait pas. Et quiconque place sa confiance en Allah,
Il lui suffit. Allah atteint ce qu'Il Se propose et Allah a assigné
une mesure à chaque chose. (Sourate at-Talaq, 2-3)
Cet exemple rappelle que Allah teste Ses serviteurs au cours de
leur vie avec des difficultés. Or les croyants, sachant qu'ils sont
éprouvés et se soumettant volontiers à Allah, verront leur rétribution
multipliée dans l'au-delà. Voilà ce que leur apportent leurs
souffrances ici-bas, leurs valeurs morales inflexibles, leurs sacrifices,
leur patience et leur soumission. Quelques minutes de malheur ici-
bas leur feront peut-être gagner des millions d'années de récompense
au paradis. Assurément, les croyants conscients de cette formidable
promesse passent leurs vies dans une attente avide et dans
l'espoir joyeux de vivre dans un paradis aux merveilleuses choses
inépuisables. Allah décrit leur état dans les versets suivants :
Ceux qui ne donnent pas de faux témoignages et qui, lorsqu'ils
passent auprès d'une frivolité, s'en écartent noblement,
qui lorsque les versets de leur Seigneur leur sont
rappelés, ne deviennent ni sourds ni aveugles et qui disent
: "Seigneur, donne-nous, en nos épouses et nos descendants,
la joie des yeux, et fais de nous un guide pour les
pieux". Ceux-là auront pour récompense un lieu élevé du
paradis à cause de leur endurance. Ils y seront accueillis
avec le salut et la paix, pour y demeurer éternellement.
Quel beau lieu de fixation et quel beau lieu de séjour !
(Sourate al-Furqane, 72-76)
Des hommes que ni le négoce, ni le troc ne distraient de
l'invocation d’Allah, de l'accomplissement de la salat et de
l'acquittement de la zakat, et qui redoutent un jour où les
coeurs seront bouleversés ainsi que les regards. Afin que
Allah les récompense de la meilleure façon pour ce qu'ils
ont fait de bien. Et Il leur ajoutera de Sa grâce. Allah attribue
à qui Il veut sans compter. (Sourate an-Nur, 37-38)

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